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Stratégies collectives et tactiques innovatrices pour la libération


Emploi utile du « raid nonviolent » comme tactique
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Lutin volant

Photo: Ashley Fraser, Ottawa Citizen, 13 déc. 2007 — Des manifestants habillés en Père Noël accompagné de ses lutins ont été arrêtés au 24 Sussex hier soir, pour avoir tenté de remettre à Stephen Harper un morceau de charbon. Ce devait être sa récompense pour avoir, selon les manifestants, saboté les pourparlers sur le climat se déroulant en Indonésie.


Voici une photo de votre humble serviteur qui fait la pose... euh, du lutin volant.


J’ai été arrêté la semaine dernière. Encore.


La première fois en farfadet festif, toutefois.


Laissez-moi vous expliquer ce qui s’est passé, en guise d’introduction à l’utilisation de cette tactique, le raid nonviolent, dans différentes campagnes d’action et de sensibilisation.



Malgré la formation à la désobéissance civile et les répétitions, le Père Noël semblait un peu nerveux à la vue de la barricade policière. « Et si j’oublie certaines des choses que je veux dire? », s’inquiétait-il. J’ai tenté de le rassurer du mieux que j’ai pu. « Ta déclaration va être fantastique. Tu n’as qu’à parler avec ton gros cœur de Père Noël. Fais-toi confiance, lui dis-je. Tu vas voir, tu vas te rappeler de l’essentiel. »


Et effectivement. Le Père Noël a fait une déclaration fantastique devant la résidence du premier ministre. Devant les micros, les lentilles télé et les projecteurs, il a parlé de la fonte du Pôle Nord, de l’inondation de ses ateliers de fabrication de jouets, de l’amincissement de la banquise rendant périlleux le décollage de son attelage et enfin du mauvais garçon Stephen Harper, qui sabotait les négociations de Bali sur le réchauffement climatique.


Au moment où il posait le pied sur la barricade en métal, morceau de charbon en main, la police lui intimait l’ordre de ne pas traverser, sans quoi il serait arrêté. Il serait alors accusé, lui dit-on, d’entrave au travail des policiers, en vertu du Code criminel canadien.


Un long et intense moment, le Père Noël est resté silencieux. Puis, calmement, il a déclaré que le véritable crime était plutôt de faire entrave à la justice d’un climat mondial stabilisé. Il a ensuite résolument passé la jambe de l’autre côté de la barrière. Cinq lutins l’ont suivi, chacun avec sa petite déclaration.


On nous a ensuite transportés vers le poste de police local, où on nous a écroués et détenus pendant quelques heures, avant d’être relâchés. Les conditions de notre libération jusqu’au procès nous interdisent de communiquer avec notre premier ministre que ce soit directement, ou indirectement (y compris par le biais de pétitions... on a demandé), et de nous trouver près de tout autre endroit où Stephen Harper vit et travaille, y compris à la colline du Parlement.


Comme je ramassais mes affaires pour quitter le poste après avoir signé les papiers, j’ai reconnu l’officier de la Gendarmerie royale (police montée) qui avait pris mes empreintes digitales et ma photo signalétique.  Il se tenait là, à attendre. Comme je passais, il a pris ma main devant les autres agents et m’a félicité pour notre action. Il m’a dit qu’il avait déjà travaillé près du Pôle Nord et qu’il savait à quel point il était important de préserver le mode de vie des Inuits, un peuple pour qui il avait développé un énorme respect.


Je l’ai remercié.


Comme je passais la porte et retrouvais la solidarité de mes amis, un petit sentiment de fierté m’envahissait, avec l’air glacial d’Ottawa, que j’avalais à grandes goulées.


Le raid nonviolent avait encore une fois révélé le pouvoir de la manifestation dilemme.


— Philippe Duhamel, interTactica.org.


Ne manquez pas le prochain billet, où j’expliquerai plus en détail la tactique du raid nonviolent et ses usages, tant historiques que potentiels. Je vous invite à laisser vos commentaires ci-dessous.