L'action nonviolente inefficace? Deux poids, deux mesures
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PompiersDans le quatrième texte de notre série sur la lutte nonviolente, nous nous attaquons à l'argument fréquemment invoqué voulant que l'action nonviolente ait été essayée et que son inefficacité soit démontrée. Quels arguments, quels faits pouvons-nous faire valoir devant des gens qui prétendent que l'émeute ou l'action armée sont les seules options, que seule la force violente a prouvé son efficacité? Faites attention à la trappe, à une faute de logique fondamentale contre laquelle il faut s'armer d'arguments solides et de faits scientifiques. Vous pouvez également télécharger ce texte sous forme de page pdf.

 

 

 

 

 

L'action nonviolente inefficace? Deux poids, deux mesures

 

On entend souvent que l'action nonviolente est inefficace, alors qu'on remet rarement en question l'efficacité de la résistance armée et de la guerre de guérilla. Pourquoi?


Quand une opération nonviolente déçoit, tout le choix stratégique de l'action nonviolente se trouve discrédité. Quand un groupe de guérilla s'avère un échec, on y voit rarement la preuve que le recours au terrorisme ou à la guerre armée constitue un choix stratégique futile.

succèscompteSi un seul cas de lutte nonviolente — ou pire, un éventail réduit de tactiques nonviolentes (manifestations, boycotts) — subit un revers, ses critiques y voient tout de suite la preuve que l'action nonviolente est dénuée d'intérêt stratégique. D'autre part, quand un mouvement armé ne donne aucun résultat, on impute toujours l'échec à un contexte bien précis, aux tactiques employées, à la sévérité de la répression, à des facteurs externes, etc.

Et c'est ainsi que des attentes irréalistes sont imposées à l'action nonviolente sans que des attentes semblables ne plombent l'option tout entière de la résistance violente. Il semble que l'action nonviolente doive réussir parfaitement et produire en tout temps des résultats impeccables avant qu'on ne puisse la considérer comme une option viable. Inversement, l'idée généralement admise que la violence est plus efficace ne requiert quant à elle aucune preuve.

Fausse logique que celle-là. Deux poids, deux mesures. Tant que des critères plus sévères serviront à mesurer l'efficacité de la technique nonviolente, l'option violente semblera toujours offrir un recours plus efficace.

Il est grand temps d'exiger les mêmes normes pour juger des mérites respectifs de la lutte nonviolente par rapport à la lutte violente, pour mesurer succès et insuccès en fonction des conditions réelles du conflit.

Or, on commence enfin à publier des études statistiques sur l'efficacité relative de la résistance selon qu'elle est violente ou nonviolente. Fait à noter, ces études révèlent que les campagnes menées par des populations civiles faisant usage d'« armes » nonviolentes (grèves, boycotts, manifestations, désobéissances civiles, structures parallèles, etc.) affichent un taux de réussite supérieur à celles ayant recours à la guerre de guérilla ou aux attentats terroristes.

Voir (en anglais) Why Civil Resistance Works: The Strategic Logic of Nonviolent Conflict par M. Stephan et E. Chenoweth (vous pouvez également lire ce résumé en français); ainsi que How Freedom is Won: From Civic Resistance to Durable Democracy, par la Freedom House.

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Philippe Duhamel
interTactica — un carnet pour la libération.


De nouveaux textes s'ajouteront bientôt à notre projet de vulgarisation sur la lutte nonviolente. Vos suggestions pour améliorer ces textes sont les bienvenues. À vous la parole.


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