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Stratégies collectives et tactiques innovatrices pour la libération

La résistance civile, comment ça marche?
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COMMENT CANALISER LE POUVOIR ET CHANGER LES CHOSES
Le pouvoir émane d'une transaction entre le gouverné et le dirigeant. Si le pouvoir était liquide, on le verrait jaillir du consentement des sujets. La résistance civile fonctionne grâce à la capacité de donner ou de retirer à volonté notre consentement, comme un robinet que l'on ouvre ou que l'on ferme. Et comme le débit de ce consentement fluctue de jour en jour, le pouvoir est dynamique.

Les gens obéissent par habitude, par intérêt ou parce qu'ils ont peur, mais surtout parce qu'ils acceptent l'autorité comme une chose juste et bonne, ou à tout le moins justifiée. L'approbation du pouvoir s'appelle la légitimité.
Chaque fois qu'on accepte une de ses actions ou politiques, on injecte du consentement dans les conduites du pouvoir. De là, le consentement va s'accumuler dans le réservoir de sa légitimité. Plus les gens consentent, plus le pouvoir est légitime.

La légitimité confère ainsi au dirigeant sa capacité d'obtenir ce qu'il veut, de faire agir les autres en fonction de ses désirs. Comme le pouvoir utilise chaque jour sa légitimité, il doit en reconstituer quotidiennement les réserves. Si ses sources venaient à se tarir, bientôt la légitimité s'épuiserait.

Dans ce cas, l'autorité se mettrait rapidement à défaillir. La volonté d'obéir de la population se mettrait à flancher. Le pouvoir verrait ses sphères d'influence rétrécir. La capacité de gouverner serait compromise.


UN COMBAT POUR LA LÉGITIMITÉ

La résistance civile entreprend une joute pour la légitimité — elle remet en question l'autorité de gouverner, défie la capacité de commander. La résistance civile repose sur l'usage de stratégies, de tactiques et d'actions bien conçues pour réduire, interrompre ou autrement troubler le débit du consentement vers la citerne de la légitimité. Le débit sortant est également perturbé.

Quand l'obéissance n'est plus volontaire, la docilité doit être achetée ou forcée. Le coût économique, social et politique de gouverner est accru.

Les grèves et autres formes de non-coopération imposent un lourd tribut économique. L'accès aux ressources matérielles et humaines devient difficile.

Les autorités doivent donc intensifier la propagande. Il faut aussi réprimer ceux et celles qui défient et désobéissent; ce qui requiert des forces policières et armées supplémentaires. Or, quand la répression s'attaque à un mouvement nonviolent, le prix politique à payer est beaucoup plus élevé, tant au plan intérieur qu'international. Ainsi, lorsque les autorités commettent la bourde de s'attaquer brutalement à des civils aux mains nues, le réservoir de légitimité se met à fuir de toutes parts.

Dès lors que d'importants secteurs cessent de coopérer, la société tout entière devient ingouvernable. La population se met à douter. Les inconditionnels du système, ses remparts — les policiers, l'armée —, s'interrogent. Et si la structure n'était pas si solide qu'elle y paraissait? À la vue de tous, les piliers se mettent à trembler.
Tarissement des sources, débit accru, aqueduc qui fuit... Devant l'inexorable, l'alternative — votre mouvement — s'avance et gagne. La résistance civile est parvenue à remodeler le pouvoir.
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Philippe Duhamel
interTactica — un carnet pour la libération.


C'était là le neuvième texte de notre série « Pourquoi la lutte nonviolente », un projet visant à vulgariser les fondements stratégiques de la résistance civile. Vous pouvez
télécharger ce texte sous forme de fiche PDF. Vos commentaires sont les bienvenus.
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