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Les nouvelles tactiques font la nouvelle

Stratégies collectives et tactiques innovatrices pour la libération

Réduire la répression par l'auto-accréditation
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Portrait de Philippe Duhamel
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cc Anosmiaphoto: cc Anosmia

Ce n'est pas pour fonder un organisme de défense des droits humains que Columbus Igboanusi avait quitté son Nigeria natal pour s'établir en Slovaquie. « Je ne comprenais pas ce qu'était le racisme à l'époque, explique-t-il. Je n'en avais jamais fait l'expérience dans mon pays. » Tout ça a changé le jour où il a été agressé et sauvagement battu par une bande de skinheads racistes.

Après avoir eu vent auprès d'autres étudiants africains d'expériences similaires, Columbus Igboanusi a mis sur pied un groupe étudiant contre le racisme. C'est alors que l'a frappé une autre brutale réalité.


Lors d'une mission consacrée à la résolution de conflits à travers le pays, M. Igboanusi a découvert les préjugés, la discrimination et les atteintes effroyables dont les Roms sont la cible. «Comme étudiant en droit international, j'y ai vu une violation flagrante des droits des minorités appelant une réponse plus musclée que celle de la “résolution de conflits”», dit-il. C'est ainsi qu'il a résolu de fonder la Ligue de défense des droits humains (LHRA) qui formerait tout un réseau d'observateurs pour veiller au respect des droits de la personne en République slovaque.

Comme si le défi n'était pas encore assez grand pour le jeune défenseur des droits humains, il dut alors composer avec la dure réalité de la répression, avec tout son arsenal de coups bas : harcèlement public, fausses accusations, surveillance de tous les instants, attaques dans les médias, vol de données, étranglement économique, menaces d'interdiction, inculpations criminelles montées, arrestations, détentions, chantage et menaces physiques. Cette expérience pénible l'a poussé à concevoir une manœuvre systématique qui lui permettrait de réduire l'intensité de la répression.

Plusieurs bonnes raisons recommandent lecture du carnet tactique de Columbus Igboanusi intitulé «Making the Global Local: Applying Global Agreements to Local Enforcement of Human Rights Law» (en anglais seulement). Je choisis ici d'en tirer des conseils pratiques qui pourraient aider à préserver la sécurité d'observateurs et autres intervenants pour les droits humains. Ces techniques pourraient bien réussir à tuer dans l'oeuf certains agissements répressifs des autorités.

L'auto-accréditation en 5 étapes

Comme les défenseurs des droits fondamentaux doivent souvent affronter des menaces directes à leur sécurité, la LHRA a réuni une démarche d'accréditation autonome à partir de quelques outils. Cette approche proactive permet de réduire l'ignorance et la peur dans les rangs des autorités potentiellement répressives, tout en créant des contraintes publiques à la répression. En voici les cinq principaux éléments.

1. Émettez votre propre carte d'identité. Cette méthode joue à fond la carte de la transparence. Au départ, la Ligue émet sa propre pièce d'identité. La carte présente la photo de l'observateur, ses coordonnées utiles, sa date de naissance, sa charge officielle et la durée de son mandat (un an). On y trouve le logo officiel de la LHRA, ainsi que la signature de son directeur général.

2. Produisez une lettre de présentation. Une lettre de présentation facilite grandement le processus d'auto-accréditation. On présente la lettre aux différents responsables régionaux et locaux au sein de l'appareil policier, gouvernemental et municipal. La missive décrit les responsabilités de l'observateur et fait appel à la coopération et à la collaboration des autorités, qu'elle invite à communiquer avec le siège social de la LHRA pour toute question.

3. Établissez une rencontre officielle avec les autorités. Le suivi de la lettre consiste à demander une rencontre. Cette rencontre des principaux responsables permet d'établir un rapport personnalisé. L'empressement des autorités à réprimer pourrait se voir réduit par un contact direct avec la personne visée. Une voie de communication est également ouverte.

4. Invitez au besoin les médias. Certains responsables pourraient se montrer réticents à vous rencontrer. On pourra dire que des observateurs sont inutiles ou mettre en doute les compétences de l'observateur. Avisez les médias de vos démarches d'accréditation et invitez des journalistes à couvrir vos rencontres. L'attention pourrait éveiller davantage de coopération chez certains responsables.

5. Formez, formez, formez. Au-delà d'une bonne connaissance des instruments juridiques et du droit international, les observateurs chercheront également à mettre en pratique un certain nombre de techniques. Il sera utile de savoir interagir avec les responsables tout en restant patient et persévérant, de pouvoir garder son sang-froid et s'exprimer clairement dans un débat animé, de savoir faire usage de certaines techniques de persuasion ou de négociation, et de savoir intervenir auprès des médias.

Souhaitons que cette méthode d'auto-accréditation puisse vous inspirer. Peut-être saurez-vous l'adapter à d'autres contextes où il faut interagir avec des haut placés, ou encore là où le risque de répression demeure présent.

— Philippe Duhamel

Dites-nous comment vous avez vous-même appris à composer avec le risque de répression.
Comment une idée semblable ou son adaptation pourrait-elle servir dans d'autres contextes?

D'autres idées? Allez-y d'un petit commentaire ci-dessous et partagez!

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