L’Association bangladaise des fabricants et exportateurs de vêtements (BGMEA), en collaboration avec l’Organisation internationale du Travail (ILO) et l’UNICEF, a développé le Projet Travail des Enfants afin d’éradiquer l’exploitation des enfants dans 2 500 usines membres et offrir à ces anciens enfants travailleurs l’accès à un programme éducatif. En 1995, la BGMEA, l’ILO et l’UNICEF entrèrent dans un Protocole d’accord devant servir de base à l’implémentation du Projet Travail des Enfants, financé par le Département du travail américain.
Le premier composant du projet fut la mise à disposition d’un programme d’éducation non officiel de 3 ans pour les anciens enfants travailleurs avec l’objectif de les réorienter vers le système éducatif officiel bangladais. Au cours du projet, l’UNICEF aidée de 2 organisations non gouvernementales (ONG) créa 353 écoles dans lesquelles 9 740 enfants furent inscrits avant mai 1998. La BGMEA s’engagea également à offrir du travail aux membres adultes qualifiés de la famille et leur permit l’accès à des systèmes de micro-crédits afin d’augmenter leurs revenus et pallier au manque à gagner des enfants travailleurs.
La seconde partie du projet, le contrôle et la vérification du système, fut mise en place afin d’obtenir une meilleur vue de l’étendue des enfants travailleurs dans l’industrie textile bangladaise et pour évaluer les progrès de l’élimination de cette pratique. L’ILO forma des inspecteurs qui allèrent informer les propriétaires et les responsables des usines sur les avantages du Projet et sur la nécessité de mettre fin au travail des enfants. N’étant pas formés comme des policiers, ces inspecteurs furent accueillis avec confiance par les propriétaires lors de leurs visites dans les usines. Les inspecteurs se concentrèrent uniquement sur le problème du travail des enfants mais n’abordèrent pas les conditions de travail, les salaires ou autres problèmes possibles liés au travail. Au cours de la première étude en 1995, les équipes de contrôle visitèrent 2 100 usines et découvrirent que dans l’industrie textile, le travail des enfants avait lieu à 42,5%. En 2000, ce chiffre tomba à 4,5%. Un des objectifs du projet fut aussi de garantir que les anciens enfants travailleurs pourraient reprendre leur place dans l’industrie textile une fois atteints 14 ans, l’âge légal pour travailler.
Le succès de ce projet au Bangladesh a entraîné l’implémentation par l’ILO de versions modifiées du projet au Pakistan, en Asie de l’Est, en Afrique et en Amérique Centrale. Similaires à la version de la BGMEA, toutes les nouvelles variantes du projet combinent des programmes de protection sociale pour les anciens enfants travailleurs et pour leurs familles. Ces programmes sont mis en place par les ONG locales et contrôlés par l’ILO. Les nouveaux projets se concentrent entièrement sur l’industrie du café et les industries agro-alimentaires. Forts des leçons retenues par les organisations ayant travaillé sur le projet au Bangladesh, une bourse mensuelle versée aux anciens enfants travailleurs a été supprimée car trop coûteuse et non viable. À la place, les anciens enfants travailleurs purent suivre des formations professionnelles adaptées et leurs familles avoir accès à des micro-crédits.
Le Projet Travail des Enfants au Bangladesh dut faire face à un certain nombre de challenges lors de son implémentation. La première difficulté étant que lorsque les enfants atteignent 14 ans ils ont légalement le droit de travailler. Afin de les encourager à poursuivre leurs études, il fut impératif de continuer à pouvoir leur offrir une bourse. Ceci augmenta le coût du projet et des questions naquirent quant à la viabilité d’une telle approche. Un autre critère à prendre en compte lors de l’implémentation d’un tel projet est l’importante du rôle joué par les employeurs durant le processus. La BGMEA et l’ILO soulignèrent l’importance de la coopération des employeurs dans la réussite et la viabilité du projet. Et enfin, une troisième considération à prendre en compte est la pression que reçut l’industrie textile suite au projet de loi proposé par le sénateur Tom Harkin devant le Sénat américain en 1993. Le projet de loi proposa de boycotter les imports venant de pays utilisant des enfants à tout stade de la production. Même si le projet de loi ne fut pas adopté, l’image négative qu’il entraîna et la menace d’un boycotte américain jouèrent un rôle dans la volonté de l’industrie textile de coopérer dans le projet.

