
Le Centre pour les victimes de torture (Center for Victims of Torture – CVT) forme des conseillers-relais qui apporteront un soutien psychologique aux réfugiés en Guinée et en Sierra Leone. Les conflits dans ces pays ont entraîné un déplacement massif des populations vers d’autres régions. La plupart des réfugiés, leurs familles ainsi que leurs voisins, ont assisté et survécus à beaucoup d’atrocités. Il peut s’agir de mutilations, d’amputations de membres, d’enrôlement forcé d’enfants ou d’adultes aux combats ou aux travaux forcés ou encore d’abominables crimes sexuels.
Avec plus de 300 000 réfugiés venus de Sierra Leone et plus de 100 000 réfugiés en provenance du Liberia, le personnel et les ressources matérielles manquèrent pour répondre aux besoins de ceux nécessitant un soutien psychologique dans les camps de réfugiés. En conséquence, le CVT commença à former parmi les réfugiés eux-mêmes des conseillers-relais – ou agents psychosociaux (PSAs).
Ces agents psychosociaux sont choisis parmi la communauté des réfugiés et, lorsqu’ils reviennent dans leur communauté, leur formation pratique leur permet d’agir et d’intervenir tout en étant supervisés par des professionnels du soutien psychologique venus du monde entier. Le CVT voulait s’assurer que, après son départ, des personnes pourraient prendre le relais auprès de la communauté. Dans la mesure où la majorité des réfugiés sont en fait des femmes ou des enfants, le CVT fit en sorte que des femmes aient l’opportunité de devenir agents psychosociaux. Le CVT a également cherché à s’assurer que ses agents psychosociaux représentaient bien les différents groupes ethniques composant les camps dans lequel il intervient.
Les candidats choisis participent à une formation initiale pouvant durer de 5 à 7 jours. Cette formation se déroule à l’extérieur des camps afin de permettre aux candidats de se connaitre et de développer un esprit d’équipe mais aussi d’apprendre les notions de base qu’ils seront amenés à utiliser s’ils acceptent le poste d’agent psychosocial qui leur est offert.
Au cours de cette formation et des suivantes, les agents psychosociaux apprennent comment les effets des guerres et des tortures se manifestent chez les individus, dans les familles et les communautés. Les agents psychosociaux sont amenés à réfléchir sur leur propre expérience : les impacts sur eux-mêmes, leur famille et leur communauté. Les professionnels de la santé mentale leur expliquent et enseignent l’importance de la confidentialité, de l’écoute, du réconfort. Ils réfléchissent ensemble à différents problèmes et à leurs solutions. Les agents sont également formés brièvement aux métiers d’interprète mais aussi à travailler avec un interprète puisqu’ils seront en contact avec le personnel expatrié et puisque de nombreux dialectes sont parlés au sein d’un même camp. Enfin, les agents psychosociaux découvrent comment évaluer et traiter les victimes de traumatismes, ainsi qu’à faire le suivi des évaluations.
Ce modèle de formation et de supervision se construit autour de différents services et interventions pouvant être prodigués (de l’orientation vers différents spécialistes au cas individuel en passant par les activités en petits groupes ou par communauté) afin d’apprendre au personnel local les connaissances suffisantes pour devenir conseillers-relais auprès de leur propre communauté. La majorité des interventions se font lors de thérapies en petits groupes lesquels se sont révélées être le cadre idéal pour la formation des agents psychosociaux. Le programme combine psychothérapie occidentale, croyance et compréhension locales des traumatismes et des moyens de guérison. Ceci nécessite de trouver des moyens de faire participer les communautés à tous les stades.
120 agents psychosociaux ont été habilités depuis le lancement du programme de l’Afrique de l’Ouest en 1999. Ces agents, en relation avec les expatriés spécialistes des maladies mentales, ont offert leur service à plus de 5 000 patients (assistance individuelle et thérapies en petits groupes). Par ailleurs, 20 000 personnes ont pu bénéficier de conseils via la sensibilisation des communautés et les activités en groupes plus larges.

