La Commission Internationale Catholique pour les Migrations (CICM) forme les ONG locales à des techniques de conseil et à la sensibilisation aux impacts laissés par les tortures afin que ces ONG puissent développer de meilleures relations, basées sur la confiance, la compassion et la bienveillance, avec les victimes de torture.
Les provinces d’Aceh et de Papouasie en Indonésie ont souffert d’importantes violations des droits de l’homme des mains des deux parties en conflit : le gouvernement indonésien d’une part et les groupes pour l’indépendance d’autre part. Force est de constater que les deux parties se montrent réticentes à admettre leur usage de la torture. Les ONG indonésiennes ont tenté au mieux de faire la lumière sur les cas d’abus des droits de l’homme afin d’embarrasser le gouvernement et pour éviter que de nouvelles violations soient commises. Les ONG se posent en défenseur – parfois poussant les victimes un peu trop à demander réparations – et ne sont pas formées pour appréhender les problèmes du point de vue de leurs clients, ni pour prendre en considération leurs besoins ou leur réhabilitation.
Après une évaluation ciblée des besoins, la CICM a commencé une série de formations pour 7 ONG locales en Aceh et 6 en Papouasie. La formation s’est focalisée sur :
- la sensibilisation à la torture : ses définitions et buts
- les conséquences de la torture
- les besoins des survivants victimes de torture
- les techniques élémentaires de conseil
- la documentation sur la torture
- l’assistance aux survivants de tortures et traumatismes
- mesurer les progrès des patients
Les deux premiers jours de la formation se sont concentrés sur la sensibilisation à la torture, le but et les mécanismes du programme CICM Survivants de torture et les critères pour l’attribution de petites subventions. Après la formation initiale, les ONG intéressées ont pu soumettre leurs demandes de subventions.
En plus de ce programme, un certain nombre d’ONG ont demandé à la CICM de mettre en place une formation intensive de techniques de conseil pour travailler avec les victimes de torture. En conséquence, la CICM organisa une formation de 5 jours basée exclusivement sur le conseil dans les 2 provinces. Afin de fournir une supervision et une assistance plus poussées aux ONG partenaires qui suivirent cette formation, l’équipe de la CICM proposa tous les mois des ateliers de suivi de 2 jours en Aceh et Papouasie. Ces ateliers se présentaient comme des forums au cours desquels les ONG purent échanger et partager leurs expériences. Basées sur les besoins identifiés lors de ces ateliers de suivi, la CICM fournit des formations avancées sur les problèmes de santé mentale associés aux tortures et traumatismes. De plus, le programme mit également en place un forum de discussion par emails, présidé par le personnel de la CICM, permettant aux stagiaires de poser leurs questions et d’initier des discussions sur le thème de l’assistance aux survivants de torture.
La CICM a également aidé ces ONG locales en les formant à la documentation sur la torture de façon plus systématique et complète. Cette méthode de documentation inclut des informations quant au pourquoi et comment ces tortures eurent lieu au lieu de ne recenser que la date et l’endroit où elles se produisirent. Selon la CICM, suivre ces standards internationaux aiderait les ONG locales à obtenir plus de reconnaissance de la part des communautés internationales.
Le travail accompli par la CICM a permis aux ONG locales de soutien de construire des relations avec les victimes de torture basées sur la confiance et la bienveillance, alors que les conseils donnés ont augmenté la volonté des victimes de se lancer dans des poursuites judiciaires à l’encontre des auteurs des crimes contre l’humanité.
Dans la mise en place de cette tactique dans d’autres contextes, il est important de 1) prendre en considération l’aspect financier de la formation, 2) faire une analyse des besoins avant de commencer la formation et 3) régulièrement superviser et assister les ONG locales après la période de formation.
Cette tactique peut être utilisée comme exemple pour les organismes de formation travaillant autour du trafic sexuel, du secours, du travail des enfants et des abus.

