L’Organisation de la Réforme Pénale Arabe (APRO) a publié une série de livres illustrés pour enfants, intitulée Activist Ali’s Team (Ali le militant et son équipe) afin d’éduquer les enfants et les adultes sur leurs droits civils et légaux et pour encourager une meilleure connaissance des droits de l’homme en Egypte. Cette série de livres suit Ali, un curieux petit garçon de 10 ans, ainsi que ces compagnons, filles et garçons. Chaque livre – la série en compte 36 – se concentre sur un sujet spécifique de droits humains ou civils. L’accent est mis sur ce qui préoccupe Ali, à savoir la protection de la société par les droits et les devoirs garantis par la loi – par les lois nationales et les conventions internationales ratifiées par l’Egypte.
Fondée en 2004 par des avocats égyptiens, l’APRO est une ONG indépendante, basée au Caire, qui travaille sur la réforme des lois pénales régionales égyptiennes et les lois carcérales afin que celles-ci soient conformes aux lois internationales. Plus généralement, l’APRO cherche à inculquer une connaissance des droits de l’homme et à informer les citoyens de leurs droits sous les lois égyptiennes et internationales. Un segment important de la population égyptienne est la jeunesse. Les Egyptiens âgés de 6 à 18 ans forment 36% de la population et les Egyptiens âgés de 6 à 35 ans forment 69% de la population. Malgré cela, les jeunes sont marginalisés en raison d’un faible niveau d’enseignement, de la pauvreté et du chômage qui les gagne à la fin de leurs études. Les différentes ONG et organisations de défense des droits de l’homme en ont conclu que les réformes politiques ne pouvaient avoir lieu sans éduquer la jeunesse sur ses droits et sa démocratie.
La série Activist Ali’s Team répond à un besoin de connaître et de faire connaître les droits civils et légaux des Egyptiens. Alors que des droits immuables et des responsabilités imposées protègent les citoyens égyptiens, Ali se demande pourquoi lui et ses compatriotes ne sont-ils pas plus informés de leurs droits les plus fondamentaux [http://www.activistali.org/eng/index_en.html]? Dans le premier livre de la série, Ali fait la connaissance d’Internetawy, un génie qui vit dans son ordinateur. Ce génie lui apprend que les ordinateurs ne servent pas seulement à jouer mais servent aussi à trouver des informations importantes et à échanger avec d’autres personnes. Ali apprend également par son père qu’un militant est une personne qui cherche à changer la société pour le meilleur. Alors Ali et ses amis forment un club de militants qui, dans chacun des livres de la série, est confronté à un sérieux problème social ou politique en Egypte que ces militants en herbe vont tenter de résoudre.
Par exemple, le troisième tome de la série, Dreams of Bahbouha and Zanana (Les Rêves de Bahbouha et Zanana), aborde des problèmes sensibles en Egypte d’inégalités entre hommes et femmes et de protection des enfants, en racontant l’histoire de Bahbouha et Zanana, deux fillettes de 10 ans qui furent obligées de travailler comme servante au lieu d’aller à l’école. Après avoir été témoins de la détresse de Bahbouha et Zanana, deux membres féminins du club militant d’Ali réunissent le groupe afin de trouver un moyen d’aider les fillettes. Leur réunion est l’occasion pour le lecteur d’en savoir plus sur les organisations de protection infantile nationales et internationales, comme l’UNICEF (Fonds des Nations Unies pour l’Enfance). Ali et les militants de son équipe cherchent également des moyens concrets de résoudre les problèmes abordés dans chaque livre. Dans le cas de Bahbouha et Zanana, ils trouvent des voisins qui offrent des bureaux et des livres d’école et des enseignants qui donnent de leur temps pour éduquer les deux fillettes.
D’autres problèmes visant les Egyptiens sont abordés dans la série, comme les enfants sans domicile, les punitions corporelles, la protection des consommateurs, la cruauté faite aux animaux, la pollution et l’environnement, les syndicats, les réfugiés soudanais en Egypte, etc…
À la fin de chaque livre, une brève explication est donnée des lois et conventions internationales qui s’appliquent à l’histoire racontée. Ces explications n’éduquent pas seulement les enfants mais aussi les parents et les enseignants qui lisent ces histoires aux enfants et qui sont informés en détail de leurs droits civils dans leur propre pays, ainsi que de divers concepts de droits de l’homme et différentes conventions internationales adoptées en Egypte. Dans Dreams of Bahbouha and Zanana, les auteurs expliquent la Convention des Nations Unies sur les droits des enfants et apprennent au lecteur que l’Egypte a adopté cette convention dans ses lois.
The Failure of the Eraser (L’Echec de la gomme) aborde le sujet des élections dans une école élémentaire. L’équipe d’Ali le militant apprend les dangers de l’intimidation, la corruption et la fraude dans le but de remporter des élections. Les événements qui interviennent lors de l’élection des élèves reflètent les incidents qui sont survenus lors des élections parlementaires en Egypte. A la fin de l’histoire, les auteurs expliquent la loi égyptienne No. 73/1956 qui stipule une peine d’emprisonnement de 6 mois ou une amende pour « toute personne qui fait preuve de violence ou de menace pour empêcher quiconque de voter » [http://www.activistali.org/eng/Stories/The_%20failure_of_the_eraser/Default.html].
Outre la publication de la série Activist Ali’s Team, l’APRO a engagé la jeunesse dans des discussions sur des problèmes de droit de l’homme au travers du site internet dédié à Ali le militant et la publication d’histoires écrites par des enfants égyptiens. En effet, en 2007, l’APRO organisa un concours d’écriture pour les enfants devant raconter des histoires touchant un problème de droits de l’homme. L’APRO donna ensuite une fête dans un hôtel afin d’honorer les 300 enfants qui participèrent à ce concours. Les problèmes et les idées développés par les enfants furent incorporer dans les livres d’Ali le militant et certaines histoires furent publier dans le périodique Youth News. Tous les livres de la série et le journal Youth News sont disponibles en ligne, en arabe et en anglais, sur le site www.activistali.org.
Alors que le succès au long terme d’APRO d’étendre la connaissance des Egyptiens sur leurs droits ne peut être immédiatement mesuré, le grand nombre d’histoires et de dessins réalisés par les enfants égyptiens en vue d’une publication montre l’évidence du succès d’Activist Ali’s Team. La série reçut une couverture médiatique importante tant locale qu’internationale et remporta une prestigieuse récompense du Projet de Développement des Nations Unies en 2007. Mohamed Zarea, directeur de l’APRO, déclara qu’en collaboration avec le Ministère de l’éducation et le Conseil National égyptien des droits de l’homme, l’organisation put distribuer 450 000 exemplaires des livres de la série dans les maisons des jeunes, écoles, foyers, orphelinats, hôpitaux et centres culturels.
Même si la série de livres fut encensée par le Ministère de l’éducation égyptien, le projet rencontra des barrages en 2008. En février de cette même année, les forces de sécurité locales dans les gouvernorats de Haute-Egypte firent retirer les livres des bibliothèques scolaires et les interdirent, prétextant que ces livres étaient une menace pour la sécurité d’état. Le gouvernement retira et retourna plus de 60 000 livres à l’APRO. Aujourd’hui, l’APRO ne distribue plus ces livres qu’aux écoles privées, centres de détention et hôpitaux.
L’efficacité de la série réside dans le fait que les sujets choisis – le vagabondage, les travaux forcés chez les enfants, les élections truquées et les inégalités des sexes – sont des problèmes essentiels auxquels les enfants de tous milieux en Egypte peuvent être confrontés. De plus, l’APRO invite les enfants à prendre part en publiant leurs histoires dans le journal pour les jeunes Youth News. En incluant des informations complémentaires sur certaines lois et conventions des droits de l’homme, les adultes ont également une chance d’en savoir plus. Il est cependant important de noter que l’accord initial du gouvernement n’a pas suffit à garantir la distribution en toute liberté de ces livres couvrant des sujets controversés. L’APRO put néanmoins continuer à distribuer ces livres en se concentrant sur les écoles privées et les centres de distribution ciblés.

