Une association locale de travailleuses du sexe a recours à une équipe de surveillance au sein d'une maison close pour lutter contre le trafic de mineures. Lorsque les membres de l'équipe de surveillance (les filles qui ont le plus d'ancienneté) sont témoins d'une activité douteuse, elles cherchent à en savoir plus sur la mineure. L'équipe en avise l'association qui, à partir des informations qu'elle reçoit, envoie une personne de confiance chez les parents ou la famille proche de la fille pour leur faire savoir où leur fille se trouve.
Selon l'Organisation Mondiale de la Santé, la maltraitance et l'abus de l'enfant en Asie est en grande partie sous-rapportée ou "cachée" (cf "Child Sexual Abuse and Violence" - Abus sexuels et violence infligés aux enfants - disponible en ligne). Dans des pays comme le Bangladesh, des femmes et des enfants sont victimes de trafic de la personne. Ils tombent dans la prostitution, la pornographie et le tourisme sexuel (cf Firoze, disponible en ligne). Les statistiques du gouvernement indiquent qu'au Bangladesh, où 10 000 filles tombent de force dans la prostitution, on ne relève que 16 maisons closes, ce qui démontre l'étendue du problème (cf Firoze, disponible en ligne). Aujourd'hui, le Bangladesh a ratifié les conventions sur la lutte contre le trafic de femmes et d'enfants et sur le bien-être de l'enfant. Mais tant que l'on ne s'attaquera pas au problème au niveau local, ce type de maltraitance continuera d'exister.
Les prostituées de l'association de Banisata Brothel, une maison close située à Banisata, dans le district de Dacope, cherche à attirer l'attention sur les problèmes de maltraitance et d'exploitation de l'enfant. L'association est née au sein de la communauté. Elle est autogérée et autofinancée et ne dépend de l'aide de personne. Ses activités sont basées sur une approche préventive; la libération de mineure en est un exemple.
L'association a des équipes de surveillance dans les maisons closes. La plupart du temps, ce sont les travailleuses plus âgées et expérimentées qui constituent ces équipes. Ces travailleuses ont plus de temps libre soit parce qu'elles n'ont pas d'emploi, soit parce qu'elles travaillent dans de petits commerces. De plus, leur statut indique qu'elles ont une meilleure connaissance de l'industrie du sexe et qu'elles sont donc plus à même d'observer ce qui se passe au sein de la maison close. Lorsque ces travailleuses s'aperçoivent que l'on amène une mineure dans l'établissement, elles s'assurent du lieu de détention de la jeune fille. Elles communiquent ensuite avec la captive, par la fenêtre ou d'autres ouvertures, pour essayer d'obtenir certaines informations, à savoir d'où elle vient, qui elle est, quel âge elle a, qui sont ses proches et si oui ou non elle est venue à la maison close de son plein gré. Suivant les informations qu'elles obtiennent, l'équipe de surveillance avise l'association de la situation. Ensuite, cette dernière envoie une personne de confiance chez les parents ou les proches de la captive pour les informer de ce qui se passe. C'est ensuite aux parents ou aux proches d'agir en conséquence en allant réclamer leur fille.
La tactique de l'association sensibilise la communauté au problème et établit un lien fort entre la jeune fille, la communauté, l'équipe et l'association, ce qui encourage la résilience et la connexion à la communauté, plutôt que le silence et l'acceptation. Le fait d'avoir une équipe de surveillance au sein même des maisons closes, montre à la communauté que les travailleuses du sexe sont prêtes à apporter leur aide et cette tactique a démontré son efficacité dans bien des cas de libération de mineures. Par exemple, il y a eu un cas où l'association a informé le père de la captive, qui est ensuite venu la récupérer.
Si l'on veut appliquer cette tactique ailleurs, il ne faut pas oublier le fait qu'à la base de cette organisation se trouvent des personnes issues de la communauté. L'association est autogérée et autofinancée, et ne dépend de l'aide de personne, ce qui amène la communauté à accepter et parfois même à participer. De plus, il est important de souligner que
- l'équipe de surveillance est formée au sein même de la maison close et qu'elle se base sur l'intégrité et l'expérience de ses membres,
- l'association fait participer la communauté en poussant les proches à agir et que
- l'on redonne sa voix à la captive, qu'on lui donne une chance de participer à sa libération. Des problèmes peuvent se poser si les victimes de ce trafic sont étrangères, orphelines, ou qu'elles ont été vendues par leur famille. Pour ces raisons, il est important de reconnaître que cette tactique est uniquement applicable dans des situations où l'enfant a été enlevé sans que la famille ne le sache.

