Les téléphones portables peuvent aussi être utiles lorsque le temps est compté. Par exemple, lors d'un scrutin et immédiatement après des élections, le contrôle des urnes et le dépouillement des bulletins de vote jouent un rôle crucial. Au Kenya, il est arrivé que l'on utilise des opérateurs de téléphonie mobile pour transmettre les scores des élections avant qu'ils ne puissent être falsifiés, permettant ainsi d'avoir des élections honnêtes et démocratiques, et de préserver le droit du peuple à participer à la formation du gouvernement de son pays.
Au Kenya, lors de l'élection présidentielle, des groupes de contrôle se sont servis de téléphones portables pour maintenir l'honnêteté du déroulement de l'élection en transmettant immédiatement les résultats depuis chaque bureau de vote.
Lors d'élections précédentes, avant que les résultats ne soient annoncés, les urnes devaient être transportées vers d'autres lieux afin d'y être dépouillées. Bien que des observateurs surveillaient ce processus, cela prenait assez de temps pour que l'on puisse falsifier les votes ou du moins donner une raison de penser que tel était le cas. Les téléphones portables permettent une communication instantanée qui rend difficile la falsification des résultats. Il faut rappeler que dans beaucoup de bureaux de vote kenyans, il n'y a pas de lignes de téléphone fixes.
Deux groupes, à qui la commission électorale avait confié la tâche d'observer le dépouillement, ont surveillé l'élection: l'IED (l'Institut d'Education en Démocratie), et le K-DOP (le programme kenyan d'observateurs citoyens). Les bénévoles de l'IED étaient placés dans 178 des 210 circonscriptions que compte le Kenya. Les bénévoles, à qui l'on avait alloué 2000 shillings kényans (environ 19€), utilisaient leurs propres téléphones portables. Dès que le dépouillement était terminé, ils appelaient un bureau central de l'IED pour leur transmettre les chiffres, qui étaient ensuite immédiatement publiés en ligne. Les bénévoles appelaient aussi pour signaler tous cas de violences ou d'irrégularités. Les résultats de l'IED étaient disponibles avant même que les résultats officiels de la commission électorale du Kenya ne le soient, ce qui est dû en grande partie au protocole plus compliqué de la commission électorale.
Le second groupe, le K-DOP, a aussi fait appel à des bénévoles, mais ne disposait pas de fonds pour les rembourser. Les membres de la commission électorale du Kenya transmettaient eux aussi les résultats à l'aide de téléphones satellites fournis par le gouvernement ou de leur téléphones portables s'il n'y avait pas de lignes fixes.
La transparence qu'ont créée ces quelques réseaux, transmettant les résultats rapidement et de manière indépendante, ont permis d'éviter les violences qui auraient pu avoir lieu si les partisans du parti perdant avaient soupçonné une fraude. La rapidité de la transmission des résultats a forcé les candidats principaux et leurs partisans à accepter leur légitimité.
Si on utilise de plus en plus les téléphones portables pour veiller à ce que les élections soient justes et que soit préservé le droit de l'Homme fondamental qu'est l'expression de son opinion dans une élection libre et authentique, il n'empêche qu'une communication rapide ne permet pas toujours d'accélérer les processus bureaucratiques. Un observateur au Kenya a remarqué que, quand bien même les fonctionnaires utilisaient leur téléphones portables pour signaler certains problèmes tels que des électeurs ne figurant pas sur les listes électorales, ces électeurs étaient tout de même refoulés car la résolution du problème impliquait un protocole compliqué.

