Le Centre de médias pour les femmes au Cambodge (WMC) utilise les outils médiatiques à sa portée, comme la radio ou la télévision, pour aborder les problèmes qui affectent les femmes au Cambodge et pour réveiller les consciences et stimuler les changements sociaux dans la société cambodgienne.
Au Cambodge, c’est quotidiennement que les femmes souffrent d’abus et de discrimination. Même si les femmes sont plus nombreuses que les hommes aujourd’hui dans ce pays, elles n’ont jamais été très bien représentées dans les médias, l’arène politique, ni dans la société en règle générale où les principaux médias renforcent l’image des femmes comme victimes ou objets sexuels.
Un exemple de l’utilisation des médias par WMC pour renverser la disparité dans la représentation des sexes au Cambodge sont les programmes télé et radio que l’organisation diffuse sur le trafic sexuel. Ces programmes dépeignent les conditions épouvantables dans les maisons closes et les moyens utilisés par les trafiquants pour enlever, attirer et leurrer les femmes. Ces programmes sont aussi une façon de parler de la loi cambodgienne, nouvellement adoptée, sur le trafic, le commerce et l’exploitation des personnes (UNIFEM, Online). Ces spots télé et radio furent diffusés nationalement 3 ou 4 jours par semaine pour une durée plus ou moins longue en fonction de la demande des partenaires. Grâce à WMC et son attention sur les problèmes touchant les femmes spécifiquement, celles-ci ont pu élargir leur savoir sur ces problèmes les affectant directement ou indirectement.
Au Cambodge, quasiment toutes les communautés, même les plus pauvres, dans les villages les plus retirés, ont accès à la télévision ou à la radio. WMC dirige une station de radio, FM 102, et produit des vidéos et des programmes télévisés. FM 102 a la possibilité de s’adresser à un large public, particulièrement dans les endroits les plus reculés, et diffuse 7 jours sur 7, de 6h à 21h. La station de radio transmet des programmes éducatifs, les informations, des bulletins, des débats en direct commentés par des femmes, du théâtre et des programmes spécialement pour les femmes abordant des problèmes comme le trafic sexuel, la violence, les abus, le droit au bien-être et tous problèmes sociaux touchant les femmes. De plus, WMC produit une série télévisée hebdomadaire de 15 minutes, diffusée sur les chaines nationales et locales et qui dépeint, en détail, les problèmes auxquels les femmes sont confrontées.
WMC a aidé à améliorer la représentation et l’image donnée des femmes dans les médias les plus importants. Aujourd’hui, FM 102 peut être entendu par près de 60% de la population dans 11 des 23 provinces cambodgiennes. Par ailleurs, plus de 90% des personnes interrogées par WMC disent regarder les programmes produits par l’organisation. Basés sur les témoignages d’un échantillon de la population cambodgienne interrogée sur les programmes radio et télé portant sur le trafic sexuel, 9 des 10 participants affirment avoir vu la vidéo et une large majorité a même pu fournir des informations spécifiques extraites des programmes. De plus, l’adjoint au maire de Phnom Penh, encouragé par les programmes télévisés sur le trafic sexuel, a organisé une réunion réunissant 50 chefs de districts, des préfets de police et des représentants de différentes organisations non gouvernementales (ONG) et ordonna à la police d’agir fermement contre le trafic sexuel. En conséquence, 400 femmes et enfants furent libérés de maisons closes et 35 propriétaires de ces maisons furent envoyés en prison (UNIFEM, Online).
WMC est une organisation non gouvernementale locale, officiellement reconnue depuis 1995, travaillant dans la production audio-visuelle, la recherche, la constitution de réseaux et la mise en place de service. Le personnel de WMC se compose exclusivement de femmes et est le seul groupe féminin de médias dans le pays. Aujourd’hui, le gouvernement cambodgien reconnaît WMC comme un partenaire important permettant d’améliorer le statut des femmes dans les médias.
Pour ceux qui chercheraient à mettre en place cette tactique qui vise à utiliser les médias pour promouvoir les droits de l’homme, il est important de garder à l’esprit que 1/ cette tactique peut s’appliquer à d’autres problèmes que ceux touchant les femmes et dirigés vers les femmes, 2/ les médias peuvent jouer un rôle très puissant, 3/ il faut impérativement obtenir le soutien du gouvernement (dans le cas du Cambodge, les médias n’existent qu’avec l’accord du Ministère de l’information), 4/ l’engagement d’un public à la fois masculin et féminin dans les discussions télévisées ou radio est important, 5/ garder le soutien de la population est nécessaire, 6/ le processus de changement de normes préexistantes dans les médias (comme par exemple l’image des femmes ) est lent, et 7/ le gouvernement peut imposer des restrictions, voire empêcher l’accès à certaines informations en fonction des lois de la presse en vigueur dans chaque pays. De plus, il faut noter que l’absence d’affiliation à un parti politique renforce la crédibilité et le soutien accordé aux organisations.
Crédit Photo : cowgirlzenphoto

