Qu'est-ce que la lutte nonviolente?
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Dans ce second texte de notre série sur les dynamiques centrales de l'action nonviolente, nous offrons une définition élémentaire de la lutte nonviolente. Le projet consiste à bâtir un outil qui vous permettra de mieux faire connaître autour de vous ce que peuvent offrir les méthodes de lutte non militaire à notre monde assoiffé de justice, dans sa quête d'une jouissance pleine et entière de tous les droits humains. Vous pouvez contribuer à ce projet. Lisez cette ébauche (aussi offerte en feuillet pdf) et laissez un commentaire.

 

Qu'est-ce que la lutte nonviolente?

Le choix de l'action nonviolente est parfois tourné en dérision, souvent mal compris, toujours en mal d'explications. Pas étonnant. Il s'agit d'une technique de combat radicalement différente. Perfectionnée pendant des millénaires pour défier l'injustice, gagner des réformes ou faire la révolution, la méthode nonviolente n'est que depuis peu reconnue comme cadre de lutte cohérent et sujet d'étude sérieux.
Partout dans le monde, jusque dans les coins les plus reculés d'empires brutaux, des luttes nonviolentes ont réussi à instaurer une plus grande justice économique, à conquérir l'indépendance nationale, à briser la ségrégation raciale, à sauver des gens ciblés par le génocide, à affaiblir et à renverser des régimes autoritaires, à stopper des méfaits environnementaux, à remporter la libération sociale et politique, à redresser des maux structurels.

Le pouvoir de dire non

La lutte nonviolente s'appuie sur le retrait du consentement. Les méthodes nonviolentes sont capables d'un impact hautement perturbateur. Songeons à l'occupation d'un édifice gouvernemental ou au blocage du siège social d'une entreprise. Avec une mobilisation suffisante, l'action nonviolente peut paralyser une économie entière — sous forme de deuil national, de manifestation de masse ou de grève générale. Des soulèvements nonviolents ont fait tomber des dictatures.

Le pouvoir de dire oui

L'action nonviolente clame également le OUI de l'autonomie reprise : la force de l'action collective qui dit on est capable! Par des méthodes qui favorisent la reconquête du pouvoir social et l'amélioration de ses conditions, la lutte nonviolente favorise la création d'institutions pouvant remplacer celles dont on ne veut plus. Le boycott peut par exemple promouvoir l'autosuffisance par un réseau alternatif de distribution, enraciné dans la communauté.
voiture sans chevaux

Encart

La voiture sans chevaux

Avant l'apparition du mot automobile, on a appelé cette invention « la voiture sans chevaux ». Aujourd'hui, les gens voient l'action nonviolente et l'appellent Désobéissance civile, Mobilisation de masse, People Power, Militancia Pacifica, Action citoyenne, Satyagraha, Résistance populaire, Action positive.
Différents termes recouvrent une même réalité : cette stratégie particulière — en ce quelle ne repose pas sur la volonté de blesser, de tuer ou de torturer, ni sur le besoin de cogner sur les policiers dans la rue —, qui permet de surmonter des opposants coriaces et des conflits sociaux aigus.


Sainteté non requise

Même si on les associe à des figures religieuses comme M.K. Gandhi ou Martin Luther King, les mouvements nonviolents ne sont que rarement fondés sur des principes religieux ou moraux. En réalité, l'action nonviolente est souvent le fait de mouvements plus décentralisés, pour qui elle constitue simplement le meilleur moyen de gagner sa cause.
Partout dans le monde, des groupes choisissent l'action nonviolente parce qu'elle leur paraît la seule ou la meilleure technique de lutte. Certains ne veulent pas répéter l'expérience amère laissée par d'anciennes guérillas armées. D'autre choisissent les moyens nonviolents parce qu'ils refusent de devoir compromettre les fins qu'ils poursuivent.

La lutte nonviolente, comment fonctionne-t-elle?

La lutte nonviolente ne consiste pas à faire fondre le cœur de l'ennemi. Ce n'est pas comme cela qu'elle fonctionne. Elle implique plutôt l'emploi stratégique de moyens d'attaquer les racines du pouvoir. La lutte nonviolente élimine la nécessité de menacer, de blesser ou de détruire physiquement les opposants, parce qu'elle parvient simplement à les contraindre et à les rendre impuissants. Ce qui suffit largement.
Les techniques nonviolentes de lutte s'appuient sur le refus de se laisser intimider. La violence perd ainsi son pouvoir de dicter l'obéissance. L'ingrédient principal des campagnes nonviolentes réside donc dans cette formidable capacité qu'ont les humains de s'entêter, de se rebeller, de désobéir et de faire preuve de courage. La stratégie de l'action nonviolente est la seule à pouvoir se mener de manière entièrement indépendante de la volonté et des méthodes que préfère l'oppresseur violent.
À certaines conditions, une répression violente à l'encontre d'une résistance nonviolente devient si visiblement injuste qu'elle se retourne paradoxalement contre les autorités qui l'ont déclenchée. À condition que le mouvement s'y soit bien préparé, la violence répressive peut miner, voire désintégrer les appuis dont jouissaient ses auteurs.
Qui choisit le combat nonviolent comprend la nécessité de gagner la sympathie de groupes qui, s'ils étaient placés devant une menace violente, se rangeraient définitivement dans le camp « ennemi ». À bord du véhicule nonviolent, on sait que le chemin le plus court, le plus stratégique vers la victoire est celui qui évite les détours de la barbarie et de la brutalité physique.

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Philippe Duhamel
interTactica, un carnet pour la libération

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